Aurélie Slonina, vegetal invaders#1

Qui es-tu ?

Je suis artiste, tout simplement.

Tu as récemment exposé à la Galerie Jeune Création, Vegetal Invaders #1, un exemple d’invasion végétale?

Il y a une œuvre exposée ici qui s’appelle Vegetal Invaders#2 composée de stickers qui peuvent être placés dans la ville comme du street art. Ce sont des jardinières urbaines, monstrueuses en béton, au final d’ailleurs il y a plus de béton que de plantes, et là on dirait des soucoupes volantes qui flottent dans l’espace et qui viennent nous envahir. C’est un peu comme si cette nature était modifiée, pas du tout naturelle, c’est cette nature qu’on va faire pousser sous serre, typique d’une nature avec engrais, etc. Je distingue deux sortes de nature dans mon travail d’une part cette nature là et d’autre part les herbes folles, les indésirables

Cela me fait penser à ton œuvre Wild / Crash / Push, ces jardinières de géraniums en forme de graffitis

Oui, c’est aussi un travail sur la nature « modifiée », comme le géraniums qu’on met sur nos balcons, qu’on peut acheter chez Truffaut, chez Jardiland, toute cette nature contenue dans des jardinières, et puis, le monde du street art et ces graffitis qui poussent un peu comme des mauvaises herbes, qu’on cherche à enlever et qui reviennent sans arrêt. C’est l’idée de confronter ces mondes qui a fait naitre ces jardinières un peu particulières, comme des objets hybrides entre deux mondes qui n’ont rien à voir ensemble. C’est un peu le propret, le clean qui rencontre le désordre, le trash.

Tu as aussi une œuvre qui s’appelle Mauvaises Herbes, peux-tu nous en parler ?

Dans l’installation, j’ai tracé des plans de jardins à la française datant du XXVIIème siècle, dessinés par Le Notre que j’ai détournés. Ces jardins sont très rigides, très contrôlés, et très maitrisés par l’homme mais à la place de mettre des rosiers et des buis, je mets des mauvaises herbes, des orties, des ronces que j’ai collectées en milieu urbain. Ce qui m’intéresse c’est le mélange complètement improbable que cela rend. Cette absurdité montre les excès de l’homme à tout vouloir maitriser à tout prix, mais à force de trop de maitrise, ça déraille, ça dérape les OGM finalement, c’est un peu ça Quand tout est trop maitrisé, on tombe dans l’anormalité, c’est ce que je veux montrer.

Il y aussi cette œuvre que j’aime beaucoup pleine d’humour, très décalée, qui s’appelle Fraîcheur Marine, peux-tu nous en parler ?

Les idées me viennent souvent parce que je dois les faire in situ. J’ai été invitée à la biennale d’Anglet face à la mer et je travaillais à l’époque sur cette idée d’artifice et de nature, ça s’est imposé à moi: un désodorisant face à la mer. Quand on arrivait sur le lieu on sentait vraiment très fort l’odeur de l’iode Une fois l’œuvre exposée, on pouvait même se demander si ça ne venait pas du désodorisant ! Il est complètement artificiel mais il s’insérait bien et se confondait même au paysage parce qu’il était bleu et, parfois le ciel faisait qu’on arrivait à ne pas le voir. Il a aussi la forme d’une planche de surfeur ou d’une coque de bateau Finalement, c’était comme un poumon artificiel mais qui arrivait à s’intégrer dans un paysage naturel.

Ce travail sur la nature « modifiée » qu’est-ce que cela dit de toi ?

J’ai grandi dans une banlieue chic où la nature était vraiment hyper maîtrisée. Il y avait des petits ruisseaux, des lacs et des ponts artificiels, très 1900, c’est cet environnement qui ma construite. Mais ce côté artificiel, créé de toutes pièces, qui ressemble à la maison des Schtroumpfs grandeur nature, c’est aussi complètement insupportable. Pour moi, pour respirer, il fallait aller vers les friches C’est cette dualité qui m’influence encore aujourd’hui.

Penses-tu que les artistes ont un rôle à jouer dans notre vision de la nature et de l’environnement ?

Je suis sensibilisée aux questions environnementales et je pense qu’il faut être engagé. Mais dans mon travail je n’ai pas envie de faire la moral, je n’ai pas envie de dire « Il faut être bio ! Il faut participer au bon fonctionnement de la planète !», ce n’est pas mon propos, ce n’est pas ma place. Le travail de l’artiste c’est de poser des questions et créer des choses qui vont surprendre et interroger, parfois c’est avec des choses en décalage, que l’on n’attend pas, que la réflexion nait.

Peux-tu nous livrer un secret ?

Mon désir le plus fou ce serait de visiter une autre planète.

www.slonina.com

www.jeunecreation.org