Comment j’ai pénétré dans l’antre de Greenpeace

A l’époque de ma découverte de l’écologie, Greenpeace était un peu mon seul repère dans ce mouvement encore naissant. J’avais beau avoir envie de bosser pour l’humanité, for my people comme dirait Kool Shen, j’avais du mal à trouver mon chemin dans cette nébuleuse des métiers de l’environnement. La conseillère d’orientation et le test de personnalité ne m’ont guère aidé. Les seuls qui me donnaient envie, c’était ces gens que je voyais à la télé et dans les magazines, qui risquaient leurs vies sur des zodiacs pour dénoncer les abus dont était et est toujours victime notre planète.

Entre temps, j’ai tracé mon chemin, l’étoile verte continuant de briller au-dessus de ma tête, mais inatténiable.

Bosser pour Greenpeace? Mon rêve suprême mais n’y pense même pas. Sur le parvis de la fac, je suis devenue membre pour 5 euros par mois. La vie a continué.
Arrivée à Paris, je suis allée voir le groupe local. Pas emballée par les actions proposées, j’ai préféré ne pas m’éparpiller et me concentrer sur mon job.

Et puis un jour, je reçois mon petit bulletin trimestriel d’abonnée. Je lis: Devenez membre de l’Assemblée statutaire de Greenpeace France et participez à la construction des grandes orientations de l’association. Je ne vois pas bien ce que c’est que cette assemblée, mais j’ai bien compris que ça permet de rentrer dans la mecque Greenpeace, de rencontrer les gens qui y bossent et tout plein de gens qui ont la niac verte. Suffit d’envoyer son CV et sa lettre de motivation. Ça ne coûte rien de participer. J’envoie, sans grand espoir ma lettre et mon CV standards. Ce sont les membres de Greenpeace qui vont élire leurs représentants. Vraiment, je n’y crois pas du tout. A part un diplôme en environnement et une expérience dans les déchets, j’ai pas de background particulier. Ce sont sûrement des gens bien plus engagés et militants que moi qui seront choisis. Et puis, je reçois une lettre. Banco, je fais partie des 15 personnes choisies parmi les 50 candidatures. J’hallucine complètement. Sourire de gosse béat jusqu’aux oreilles. Je ne pensais jamais réaliser ce rêve et pourtant, le voilà qui devient réalité.

Le grand soir arrive. Soirée d’intronisation. Excitation extrême. Qui sont les personnes qui font tourner cette machine, comment fonctionne cette machine? Je me dis qu’on passera inaperçus, qu’on nous ignorera, qu’on sera juste là pour la forme. En fait, pas du tout. 10ème arrondissement, une porte d’entrée parisienne comme une autre, aucune affiche Greenpeace. Je cherche le code d’entrée sur mon portable. Deux hommes arrivent, ils me disent On pensait que tu allais nous ouvrir avec le badge. Euh, ils me prennent pour une fille qui bosse ici, je jubile intérieurement (si seulement). Je parle en fait au Président du Comité d’administration. En les suivant vers la salle de réunion, je me retrouve à écouter les confidences dans l’escalier: le nouveau directeur de Greenpeace France vient d’être élu. Personne ne me dit de dégager. C’est juste irréel.

J’arrive dans la salle, Christa, qui fait partie du CA aussi, s’approche de moi et me pose des questions: qu’est-ce que tu fais? Etc. Je lui parle de mon expérience en tant qu’observatrice au Sommet de Copenhague. Elle y était aussi. On parle de l’émotion folle qu’il y avait là-bas.

Il s’agit d’un véritable accueil, d’un véritable échange, d’une vraie curiosité de nous connaître et de construire des choses avec nous. Les autres personnes qui ont été élues comme moi viennent de tous horizons: cancérologue, prof, gérant de PME, aventurière retraitée, ancien ambassadeur, scientifique, sociale, juriste. Tout est à construire, notre rôle, notre participation, notre place.

Mais d’abord, ils doivent nous former. On doit comprendre comment fonctionne le monde de Greenpeace. C’est une machine démocratique énorme digne de la fonction publique: des bureaux dans le monde entier, le concept de One Greenpeace et un document d’orientations avec des objectifs internationaux à faire valider par tous les bureaux. On va d’abord devoir comprendre tout ça, ingurgiter le jargon anglais etc. Chaque direction nous présente son rôle: comment on choisit une campagne, comment on communique, comment on collecte les fonds qui permettent à l’association de vivre, comment on met en œuvre une action directe pacifiste. Tout ça, sous l’œil attentif et discret du nouveau directeur de GPF et dans une cooliness, une sympattitude extrême.

Une pause, entre 2 portes, je parle avec la directrice com de Greenpeace France. Je lui dis que je trouve le Coucou de Julien, l’activiste qui s’est glissé dans la centrale nucléaire, énorme. Décalé, sans extrémisme, juste la classe, le bon ton. On peut se parler d’égale à égale. Les greenpeaciens s’intéressent à nous autant que nous à eux. Ils apprécient le recul qu’on peut avoir sur leurs actions, on représente la masse.

Pendant la présentation des grandes orientations pour 2012 *, je me permets même une remarque concernant leur choix de cibler la campagne sur le réchauffement climatique sur le pôle nord, plutôt que sur les problèmes des pays tropicaux. J’écris ma question de A à Z sur mon cahier et suis rouge pivoine au moment de la lire à haute voix mais je plane. Je suis juste en train de participer à un truc énorme. J’ai l’impression d’être là où j’ai toujours voulu être.

L’état d’esprit ambiant est tellement loin de toutes les idées reçues qu’on peut se faire sur ce genre d’association. C’est ouvert, simple, zen, amical, familial même. Moi-même je ne m’attendais pas à ça.

Voilà comment, j’ai réalisé un rêve d’enfant.
En direct de Greenpeace, l’aventure continue